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A vous ! BAGAD
LANN-BIHOUE
«Bagad Lann-Bihoué en tête comme dans tous les grands
Pardons...» cette chanson estudiantine bretonne reflète bien la célébrité
qu’a acquis le Bagad de Lann-Bihoué en Bretagne. Il ne saurait y
avoir une grande fête folklorique sans ce groupe, véritable assurance
sur le succès, synonyme de qualité et de panache.
Malgré quelques passages difficiles, le Bagad de Lann-Bihoué a
su garder une incroyable réputation dans toute la France et même dans
le monde entier. C’est en 1952 qu’un certain nombre de sonneurs
bretons qui effectuaient leur service militaire à la Base Aéronavale
de Lann-Bihoué, formèrent grâce à l’appui des autorités
maritimes, un Bagad qui, petit à petit, devait acquérir une grande
notoriété. Depuis, binious en tête, ces sonneurs volent de succès en
succès ... New York, Norvège, Danemark, Suisse, Berlin ... le Bagad a
sonné dans le monde entier.
Le bagad est un
ensemble de binious, bombardes, tambours et grosses caisses. En tête,
le «penn bagad» sorte de tambour-major qui règle les mouvements de
l’ensemble. Il est secondé par un «pen sonner», premier sonneur.
Dans un défilé, le bagad prend la disposition suivante : en tête le
«penn-bagad», derrière, encadrant la grosse caisse, les tambours (tamboulinerion).
Viennent ensuite, sur deux rangs, les bombardes et sur la gauche les
binious.
L’ensemble défile de façon très déployée pour obtenir un
meilleur effet musical et ne pas se géner, le biniou, souvent décoré
de flammes et d’emblèmes, étant un instrument assez imposant.
C’est en fait une cornemuse écossaise, instrument fait pour la marche
alors que le biniou koz (vieux biniou), typiquement breton, est un
instrument conçu pour la danse. Il ne possède qu’un seul tuyau de
sortie, alors que la cornemuse ou biniou braz (grand biniou) en possède
trois. la bombarde quant à elle est l’instrument breton par
excellence. C’est en quelque sorte un ancètre du haubois. Dans les
danses, c’est elle qui mène le jeu, le biniou lui répondant et créant
un fond sonore constant. la bombarde a un son que certains trouvent un
peu aigrelet, mais c’est un instrument très complet qui réclame de
la part du sonneur un très grand talent musical et aussi une robuste
constitution pulmonaire. il possède ses virtuoses, dont certains sont
en Bretagne considérés comme de véritables magiciens. Ce fut le cas
de Mathelin en Dall, aveugle de naissance qui vécut sous l’empereur
et dont on parle encore, du côté de Quimper. Les
ordres sont donnés uniquement en breton. En voici quelques-uns : garde
à vous : soun , repos : ehan, en avant marche: waraok kit, attention
halte : arevez kit, pour la dislocation : kult.
De tout temps sur les navires on embarquait deux ou trois
sonneurs de binious et de bombardes pour redonner moral et courage aux
équipages composés en grande partie de bretons. Aujourd’hui, il y a
beaucoup moins de Bretons dans la marine et la guitare a remplacé ces
instruments bien difficiles. Mais le Bagad de Lann-Bihoué continue son
bonhomme de chemin, apportant aux publics les notes mélancoliques ou
gaies d’un passé qui revient à la mode et qui sent bon la simplicité. La
petite histoire du biniou et des sonneurs
Appelé Gaïta en Espagne, Gaida en Bulgarie, Bag-pipe en Ecosse,
Gaïdé en Serbo-Croatie, le biniou n’est pas un instrument
typiquement breton. Conservé avec passion et talent par de nombreuses générations
attachées à leur passé, il symbolise l’immortalité de la
civilisation celte.
L’outre du biniou breton (biniou koz) était confectionnée en
peau de bouc, de chèvre ou de chien. Aujourd’hui on utilise de préférence
les peaux de veau et surtout la basane. Le biniou breton traditionnel,
plus petit que la cornemuse, ne comporte qu’une poche «sac’h»
alimentée par un «sutel» qui conduit l’air de la bouche, une «lévriad»
ou flûte et un bourdon. La matière première de ces tuyaux était le
buis ou l’if, arbre que les Celtes dotaient de propriétés magiques.
Aujourd’hui on utilise l’ébène ou le gaïac appelé bois de fer.
La poche fait l’objet de beaucoup de soins pour lui conserver
souplesse et étanchéité. La mélasse était le moyen le plus
couramment employé, mais on raconte que certains sonneurs réputés
offraient à l’outre de leur biniou une bonne soupe de lard bien
grasse.
Ainsi bichonné le biniou partit rejoindre son inséparable
compagne de fête : la bombarde qui, elle aussi, possède ses petites
histoires. Cette soeur de la «raïta arabe» chante par la vibration de
deux lamelles de roseaux accolées par un petit tube rigide constituant
l’anche. mais il y avait autrefois des anches en corne de vache
bouillie, étirées en lamelles, usées à la meule et détrempées dans
un bain d’eau de vie de cidre, ce qui explique peut-être son
incomparable succès ! On en fit également en paille de seigle que
l’on devait couper la nuit, dans un champ bien exposé sous une lune
favorable. Ces procédés entachés de sorcellerie interdisaient aux
sonneurs de témoigner en justice. Huit
litres de cidre par jour
Autrefois, à peu près dans toute la péninsule armoricaine, les
danses étaient menées par les deux inséparables compères : le «biniawer»
sonneur de biniou et le «talabarder» sonneur de bombarde. Une santé
de fer, des poumons comme des forges, de la gaieté à revendre, ils se
taillent parfois des réputations éternelles et une popularité de
vedettes du music-hall.
En pays Rouzik, région de Châteaulin, la mariée offrait aux
sonneurs un large ruban de velours, dont ils s’empressaient d’orner
leur chapeau. Ce ruban était proportionnel à la fortune de la mariée
et c’était parfois de véritables monuments que nos deux compères ne
tardaient pas à vendre pour se procurer le carburant nécessaire à
leur bon fonctionnement. Voici ce que raconte Charles Géniaux dans la
«Bretagne vivante» :
«Les sonneurs gonflent leurs joues à la grosseur des poches de
leurs instruments et soufflent avec une force qui rassure sur la
robustesse de leurs poumons. Ils s'interrompent pour boire du cidre. Un
bon sonneur de biniou peut boire ... huit litres de ce liquide dans sa
journée.» Il faut ce qu’il faut ! La
soupe au lait
Mais voici en quelques mots la vie que menaient les sonneurs «professionnels»
autrefois, au bon temps où les noces bretonnes duraient trois jours
entiers et rassemblaient souvent plus de 200 personnes. Les deux
sonneurs partaient la veille au soir pour être à pied d'œuvre le
lendemain matin dés 9 heures. Ils sonnaient pour aller à la mairie,
pour aller à l’église, pour mener les plats de la cuisine à la
table, alors installée en plein air au milieu d’une vaste prairie, et
pour danser bien sûr. Et le soir , il fallait rester jusqu’à la «soupe
au lait» que l’on servait aux jeunes mariés à minuit dans leur lit
nuptial et au «ton kenavo», ultime sonnerie de toute noce qui se
respecte. Puis
les deux sonneurs repartaient, et si parfois la route était longue et
difficile, il y avait toujours quelques chapelles d’un genre bien spécial
où l’on vous servait un peu de remontant, voire le petit coup du
lundi. «Ca ne peut pas vous faire de mal». Depuis
les temps ont bien changé, mais le biniou est resté et continue avec
sa talentueuse partenaire à faire danser les nouvelles générations en
dépit des juke-boxes et de la guitare électrique. Le Biniou
On distingue le «grand biniou»
et le «petit biniou». Généralement le «petit biniou» typiquement
breton et conçu pour la danse se joue en couple. le «grand biniou»
est le descendant direct de la cornemuse écossaise, à la seule différence
que cette dernière est accordée en la, alors que le biniou l’est en
si-bémol.
Le biniou est composé d’une poche «sac’h» en peau et de
cinq tuyaux le plus souvent en ébène : le «sutel» qui alimente en
air la poche, la «lévriad», flûte percée de sept trous et trois
bourdons ténors. Le Bagad
Le bagad (groupe) est une troupe autonome de sonneurs. La Kevrenn
est le groupement territorial de plusieurs bagadou. Contrairement à ces
groupes qui ne rassemblent que des sonneurs, le kel’h (cercle) ne se
compose que de danseurs, parfois soutenus par un ou deux sonneurs.
En principe le bagad comprend vingt et un sonneurs, mais
aujourd’hui l’admission aux concours n’exige que seize sonneurs.
Les vingt et un sonneurs se répartissent ainsi : huit sonneurs
de binious, six sonneurs de bombardes, quatre batteurs ténors, deux
batteurs basse et une grosse caisse. J.Lallouët
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