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Le merveilleux voyage de Brandan |
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G.JOURDAN
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L'histoire
que je vais vous exposer ce soir est un mélange de l'histoire avec un
grand H et de la légende qui en a découlée. J'ai essayé d'en sortir
une trame cohérente qui se rapproche le plus possible de la vérité,
mais ce fût assez difficile et en voici les raisons: -
l'histoire
se souvient très mal de ce qui ne laisse pas de traces écrites -
l'homme
a tendance à oublier ce qui le gène -
l'homme
a tendance à fabuler pour faciliter ses desseins. J'ai
donc parcouru quelques sites sur Internet et ressorti des placards
encyclopédies et livres d'histoire pour suivre au plus près le fil de
cette histoire qui nous fait découvrir l'Amérique non pas le 11
octobre 1492 par Christophe Colomb mais aux environs de 545 par un moine
celte irlandais du nom de Brandan. Les
quelques dates qui vont émailler mon exposé sont pour la plupart
certifiées par des écrits romains ou par les premiers textes relatifs
à la religion catholique des 12eme et 13eme siècle. Celles fournies
par les textes romains sont considérées comme exactes et souvent
recoupées, mais les autres sont parfois erronées ou entachées
d'erreur allant jusqu'à 30 ans. Il faut savoir que les textes sur
Brandan datent, pour les plus anciens retrouvés, du 12eme siècle, soit
600 ans environ après sa mort et que la date de référence pouvait être
soit la naissance soi la mort du Christ. Pour
bien vous faire comprendre la difficulté de datation exacte, il
convient d'abord de tracer un tableau succinct des conditions de vie de
l'époque. Depuis
le 5eme siècle avant JC, les Bretons et les Phéniciens ont des
contacts maritimes intenses pour ramener des îles Cassitérites (Molène)
l'étain qui manque pour fabriquer le bronze. Avec l'arrivée des
Celtes, le port de La Corogne devient le point extrême des voyages Phéniciens,
les celtes se réservant les mers plus au nord. Les contacts sont tels
que les druides parlent couramment le grec, de préférence au latin, et
que le grec est la langue préférée de l'élite culturelle celte d'après
Jules César. Quelques
rappels historiques 390
av J.C
les Gaulois sont devant Rome. ( les oies du Capitole, vae victis,
Brennus) 279
av J.C
: offensive contre le sanctuaire de Delphes (brennus n°2, défaite
celte) 275
av J.C:
fondation du royaume de Galatie en Turquie 135
av J.C
: les Scordisques envahissent la Thrace et pillent Delphes en 114
av J.C 59
av JC
: Jules César forme le projet de conquérir la Gaule. septembre
52 av J.C
: Vercingétorix se rend à Jules César à Alésia. 29
av J.C
: les portes du temple de Janus ont été fermées, signifiant que la
paix règne sur l'empire romain. 9
: les Germains anéantissent trois légions romaines à Teutberg. 46
: début de la conquête de la Bretagne par Aulius Plautius, aux ordres
de l'empereur Claude. 61
: La reine Boadicée se suicide après avoir été battue par Suétonius
Paulinus lors de la révolte qu'elle menait contre l'occupant romain à
Londres 83:
le général Julius Agricola a triomphé des armées calédoniennes aux
Monts Grampius. 142
:
Britania : le général romain Lollius
Orbicus mate la révolte des Brigantes et fait construire le Mur
d'Antonin, au nord des limes d'Hadrien (lignes défensives) 177
: persécution des chrétiens de Lyon 185
:les Calédoniens repoussent les romains 251
: Rome compte 46 prêtres chrétiens reconnus et 30 à 40 000 fidèles. 296
: les Pictes ou calédoniens venus des Highlands forcent le mur
construit par Hadrien de Newcastle à Carlisle. Au nord du mur, dans la
région d'Argyll sont établis les Scots, tribu originaire d'Irlande. 311
: l'empereur Galerius révoque le décret instituant la persécution des
chrétiens. 313
:
L'empereur Constantin promulgue un décret
accordant au christianisme les mêmes droits que les autres
religions; 20
mai 325
: ouverture du concile de Nicée. Condamnation de l'arianisme ( négation
de la nature divine du Christ) 11
mai 330
: Constantinople consacrée à la Vierge 395:
Mort de Théodose, fin de l'empire romain 5eme
siècle
: découverte de l'Islande
Création de monastères en Irlande et au pays de Galles par
Germain d'Auxerre(envoyé par Rome pour lutter contre le pélagisme, du
nom de Pélage, prêtre niant le péché originel) et Patrick Patrick
est un romano-breton enlevé par les pirates irlandais à l'age de 16
ans. Il restera en esclavage pendant 6 ans chez ses ravisseurs. Redevenu
libre, il circule sur le continent puis revient en Irlande pour évangéliser
le pays, mais sans succès. Ce n'est qu'en 432, après avoir été
consacré évêque en Gaule, qu'il revient dans l'île et accomplit
parfaitement sa mission. En 445, il établit son siège épiscopal à
Armagh, au nord de l'Irlande, et meurt entouré de vénération. En réalité,
il est plutôt probable que la tradition a confondu deux Patrick différent. 24
juin 451
: défaite d'Attila aux Champs Catalauniques près de Châlons. 17
juin 455:
mise à sac de Rome par les Vandales.
Arrivée des Angles et des Saxons en Angleterre. Les prêtres
bretons et irlandais se gardent de les convertir au christianisme pour
ne pas les retrouver au ciel.. 484
: Naissance de Brandan Brandan
est confié à l'age de 7 ans à son oncle maternel Altha suivant la
pratique du "forestage": il lui enseignera les usages de la
tribu, la pêche, la chasse; à 14 ans, il entre en religion et se fait
moine. Sous la direction spirituelle d' Erc, "pauvre évêque qui
n'avait qu'une seule vache" dit un texte dont l'auteur ignorait
qu'il n'y avait pas d'évêque en pays celtique à cette époque, et
suivant la tradition druidique, il apprend le grec, puis le latin, la
littérature, les mathématiques, l'astronomie et la médecine. Il est
ordonné prêtre à 20 ans environ, ce qui est exceptionnel. Il
faut savoir aussi qu'à l'époque, toute l'église de ces pays celtes a
pour cellule le monastère. Il n'y a pas d'évêque; les moines étaient
habilités à exercer un ministère paroissial comme les prètres
"latins". Il n'y a donc que des moines et des abbés
directeurs d'abbayes et ni Brandan ni Malo ne furent évêques ( Bulle
de Boniface IV du 27 février 610). une fois ordonné prêtre, Brandan
est retenu pour devenir professeur puis directeur du monastère de
Lancarvan (pays de Galles)où il enseignera au futur Saint Malo. Il y
rencontre Finnian qui le fera venir ensuite, vers 530, pour l'aider au démarrage
du monastère de Clonard près de Dublin. Finnian le poussera à partir
pour l'Armorique où il manque une tête religieuse dans la région d'Alet. Entre
temps, Brandan va effectuer trois grands voyages maritimes. Le premier
est initié par Barint "de la race du roi Nial": son filleul
Mernoc, frère de l'abbaye, est parti en pénitence pour l'Islande et
n'est pas revenu à la date prévue. Une autre source dit que c'est Finn
Barr, abbé du monastère, qui désigna Brandan apporter le pardon au
néophyte Mernoc envoyé en pénitence en Islande. Brandan part
et retrouve Mernoc à temps, car la mer commence à geler ( se coagulait
dit un texte). L'Islande est appelée alors île d'Ailbe, du nom de
l'abbé qui y parti avec 24 moines pour installer sur place des cellules
monastiques et un oratoire. Il
est dit que Brandan parti sur un coracle bordé de peaux de bœuf tannées
à l'écorce de chêne, tendues sur une carcasse de bois léger et
cousues entre elles avant montage. Les coutures furent ointes de beurre
doux ramolli lissé à refus avec un lissoir en buis. Il
avait préparé son départ avec quatorze frères, mais au dernier
moment trois autres se précipitèrent et supplièrent Brandan de les
emmener, car ils avaient de gros péchés à se faire pardonner. L'un
d'eux se sacrifiera pour éloigner les marsouins(?) qui menaçaient de
faire chavirer le bateau ( en 1976, un orque épaulard a foncé sur un
bateau de plaisance et l'a fait chavirer). Le
bateau était très chargé avec des vivres pour quarante jours, huit
moutons, du poisson sec, des racines, des graines, etc.… ce qui
laissait peu de place pour le confort des marins, aussi ceux-ci voguent
une ou deux nuits et font escale d'île en île pour dormir. Il
n'est pas facile d'indiquer précisément les points de chutes des
marins, mais certaines îles sont reconnaissables, comme l'île aux
moutons qui correspond à une des îles Féroé, célèbre pour ses
moutons blancs, l'Islande et ses volcans est très probablement la terre
du diable ou le Purgatoire sur terre, la basilique ou le château de
cristal est probablement un iceberg important à l'ouest de l'islande. Il
semble que Brandan ait fait un autre voyage nordique mais que, pris par
un trop fort vent de sud-ouest, il ne put gouverner, et qu'il accosta
sur l'île Jean Mayen. Une autre description a été identifiée comme
correspondant à l'îlot Rocker, l'île aux oiseaux serait peut-être
celle qui se trouve près de Terre-neuve, au nord-est . Le
texte sur le voyage aux Canaries est moins détaillé, néanmoins il
semblerait que pour ce voyage aussi, Mernoc fut un précurseur. Brandan
cherchait le Paradis de l'autre côté, ayant trouvé le Purgatoire en
Islande, mais, pris dans un cyclone, il échoua dans son voyage vers le
sud. D'après certains écrits, il perdit deux navires (des coracles?)
et ce cyclone lui permit de rapporter des débris végétaux jusqu'alors
inconnus, et d'extrapoler sur l'existence de terres à l'ouest. De
retour en Bretagne, il fait construire un bateau en bois, probablement
dans le port d'Alet. D'après d'autres écrits, il partit avec le bateau
en bois et traversa le cyclone pour arriver sur une
blanche et houleuse dans laquelle ils découvrent les premières
feuilles de palmier et les noix de coco. Brandan comprend que la tornade
qui vient de passer les a arrachés à la côte toute proche. Il
aborde peu après dans une île "délicieuse" qui pourrait,
d'après les indices ( végétation, courants signalés, etc.)
être Cuba; il y resta deux ans. Quand il repris la mer vers le
nord, chargé de fruits tropicaux et de diverses plantes (dont un
palmier au moins arriva à bon port et fut planté avec succès), il
longea les côtes de Floride pour prendre le Gulf Stream qui le ramena
en Bretagne. Ce
fut là son dernier grand
voyage. Quelques
précisions sur les conditions de navigation de l'époque: -
pas
de boussole, on utilise le gnomon, genre de cadran solaire gradué qui
permet de déterminer la latitude, plus un sablier pour compter les
demi-heure, plus détermination de la vitesse du navire et les étoiles -
navigation
à voile en cas de vent, et à rame, un gouvernail à l'arrière mais
pas de quille pour pouvoir échouer le navire sur les listons
d'assemblages, d'où difficulté de tenir un cap par rapport au vent le
mystère des bateaux de pierre: on trouve souvent des pierres en forme
de bateau qui sont renommées comme étant le bateau avec lequel tel ou
tel saint est arrivé sur
la côte. En fait il s'agit du lest d'un navire en bois qui permettait
de fixer les mats. Le
navire utilisé par Brandan fût probablement un ponto (terme dû à César),
bateau de charge breton. longueur 22 à 23 mètres, largeur 24 pieds
soit un rapport L/l=3, d'origine carthaginoise modifié pour
l'Atlantique.
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