Le
barde Talharian était un homme sage et avisé. Son fils, Tanwyn, quand
il eut atteint l'âge d'homme, éprouva l'envie de quitter le sein
familial pour s'en aller tenter l'aventure autour du monde. Talharian
lui dit : "Mon fils, je n'ai ni or, ni argent à te donner. Mais je
t'ai élevé avec tous les préceptes utiles et t'ai appris toutes les règles
conduites. Je n'ai donc pas besoin de te donner d'autre conseil à
l'exception peut-être de celui-ci : `Ne passe jamais à côté d'un
homme qui prêche sans t'arrêter pour l'écouter.'
Son
père lui donna sa bénédiction et Tanwyn partit. Après avoir voyagé
très longtemps, il atteignit une immense plage en bord de mer. Avec le
bout de son bâton, il écrivit dans le sable : "Qui souhaite du
mal à autrui, en pâtira lui-même." Il s'apprêtait à reprendre
sa route quand un riche et puissant seigneur le rejoignit et vit ce qui
était écrit dans le sable. Il aborda Tanwyn et lui demanda :
"Est-ce toi qui as écrit cela ?" "Oui," répondit
Tanwyn. "Pourrais-tu m'écrire autre chose ?" demanda le
seigneur. "Bien sûr," dit Tanwyn, et il écrivit : "La
plus belle qualité de l'homme est la discrétion." "Où te
rends-tu donc ?" demanda le seigneur. "Je vais à travers le
monde pour gagner ma subsistance" répondit Tanwyn. "Tu es
l'homme qu'il me faut, dit le seigneur. Veux-tu venir avec moi et
devenir mon intendant ; tu t'occuperas de mon domaine et de mes biens
?" "J'accepte," dit Tanwyn.
Il
entra donc au service du seigneur. Il remplissait sa charge avec tant de
sagesse, de compétence et de justice que tous les gens qui venaient
voir le seigneur appréciaient énormément le nouvel intendant. A la
longue, la réputation de discrétion et d'honnêteté de Tanwyn éveilla
jalousie et envie chez son maître : cela lui portait ombrage. Il en conçut
un vif dépit. Plus les gens faisaient les louanges de Tanwyn, plus le
seigneur en était jaloux, jusqu'au jour où, sur les conseils de sa
noble épouse, il décida de s'en débarrasser en le faisant tuer. Pour
l'amour de son époux, elle conçut un plan pour se débarrasser de
Tanwyn. Le seigneur employait des brûleurs de chaux. La dame alla les
trouver et leur promit une grosse somme d'argent s'ils jetaient dans le
four le premier homme qui se présenterait à eux avec un cabas de
provisions. Elle informa le seigneur de son stratagème, et tous deux
ensemble, remplirent un grand couffin de provisions. Puis ils demandèrent
à Tanwyn de le porter aux brûleurs de chaux. Tanwyn prit le cabas et
l'emporta vers le four. Sur son chemin, il entendit dans une maison, la
voix d'un vieil homme pieux qui prêchait la parole de Dieu. Respectant
le conseil de son père, il pénétra dans la maison et écouta pendant
un très long moment les paroles du vieux prêcheur. Pendant ce temps,
le seigneur croyant que Tanwyn avait été réduit en cendres, se rendit
au four emportant avec lui un autre cabas de provisions pour remercier
les brûleurs de chaux. Quand il arriva près d'eux, ils s'emparèrent
de lui et le jetèrent dans les flammes du four. La jalousie est un feu
qui consume de l'intérieur.
Conte
du Pays de Galle